Dans la tourmente des messages de peur qui nous assaillent constamment de l'extérieur, je voudrais communiquer un rêve que j’ai
fait il y a quelques années. La fraîcheur est garantie, car le rêve transcende le temps. Ce rêve très simple et très bref a un caractère impersonnel et peut servir à tous. C’est pourquoi je le
transmets. C’est comme une lanterne à accrocher dans un lieu obscur.
Je me trouve dans une tour en bois de pin. Je monte un escalier en spirale, marche après marche. Je vois que cette tour se
trouve dans une vallée, au centre. Sur la gauche, une falaise. Sur la droite, une falaise. La tour ne s’effondre pas, mais elle bascule de gauche à droite. Elle va donc s’écraser sur la falaise
de droite. Je reçois un message : « Continue à monter ». Ce que je fais, sans hâte, sans panique, sans crainte. Je monte, et je vois que la tour finit par toucher la falaise à
droite. Sur cette falaise, de l’herbe, une prairie. Je continue d’avancer et spontanément une porte s’ouvre devant moi, juste à la hauteur de cette prairie, où je continue
d’avancer.
Le contenu du rêve se suffit à lui-même : marche en toute confiance, sache ce qui se passe dans le monde, mais
surtout : n’aie pas peur, ne ressens pas de haine, ni de désir de vengeance. Tu n’as pas de prise sur l’extérieur. La seule dimension sur laquelle tu aies réellement du pouvoir, c’est sur
ton ascension continue. Et celle-ci a lieu dans le centre de toi-même, hors d’atteinte de l’émotion.
Dans les temps de la confusion, les maîtres de l’envoûtement ont cherché à nous faire prendre des vessies pour des lanternes,
comme disait le grand témoin François Rabelais : la première contient l’urine qui est jaune comme le soleil mais n’éclaire personne, et constitue l’empreinte individuelle ; l’autre
contient la flamme qui éclaire. Et la flamme appartient à tous. Une flamme en allume une autre.
En clair : ne pas prendre le critère personnel pour la clairvoyance supra-individuelle.
La vessie, c’est les bons sentiments, au nom desquels nous avons tout gobé, tout accepté. Nous avons tout avalé car nous
n’étions pas tranquilles. Mon Dieu, qu’ai-je fait ? dit la vessie. C’est vrai, je ne suis pas super. Mis en demeure par le tribunal des enfers, royaume de la peur, celui qui sonde les
vessies, l’homme s’est déclaré coupable. Coupable ? Ta peine sera d’ouvrir ta porte à tous les démons de l’enfer, et à vivre dans la crainte. Tu ne monteras pas. Tu es indigne, et resteras à
jamais dans le monde des ténèbres.
Et le monde est plein de damnés, qui ont accepté de se laisser juger par le bas.
La lanterne contient la flamme qui éclaire tous les hommes, l’amour. L’amour n’est pas une émotion. Foutaises. Emovere
(ex-movere), en latin c’est entraîner au dehors, sortir du centre. La peur, le désir de plaire, l’envie, la colère sont des émotions. Pas l’amour. L’amour rassemble. Pas par l’extérieur. L’amour
recentre. Des êtres qui s’aiment sont au centre d’eux-mêmes, pas ailleurs. Mais ce centre est à la fois unique et particulier.
L’amour ne juge pas. L’amour consume et transforme ce qui doit brûler, afin de le transformer en lumière.
L’amour ouvre des fenêtres dans les murs gris de la triste réalité où s’agitent les hommes et dont ils sont, nous sommes, vous
êtes partiellement responsables. Aujourd’hui le temps vient de fermer les portes aux démons de l’enfer, à la culpabilité posée comme un joug sur nos épaules. Ne nous laissons plus juger par ce
qui n’a sur nous aucun droit. Ne nous laissons pas retenir par ce qui nous est inférieur.
Le rêve m’a dit : sois tranquille, monte.
Ne reste pas dans le mensonge. Ne sois plus la proie de la méchanceté et de la malveillance. Ne nourris plus ces monstres qui
te tirent vers le bas. Repousse les du pied.

Les vampires flairent facilement notre porte : nous y laissons la marque de notre urine, pleine des phéromones de la peur,
de la méchanceté, de la malveillance. Y’a bon.
Changeons, et les vampires iront ailleurs. Changeons tous, et ils devront changer aussi.
On vous a dit : Soyez ouverts, et avec vos bons sentiments nés de la culpabilité de l’incertitude (mon dieu, ai-je le cul
propre ?), de la fausse morale des hommes, et vous avez laissé les loups entrer dans votre maison et tout saloper, pendant que vous trembliez de peur.
Le jugement post mortem des égyptiens avait deux critères : la déesse Maat, qui pesait l’âme (21 grammes, dit-on) dans le
plateau d’une balance, contre une plume dans l’autre plateau. Le deuxième juge était le dieu-chacal Anubis, lequel renifle les excréments.
Il est temps de ne plus laisser dans ses fèces les odeurs de la peur et de la culpabilité. Il est temps de se nettoyer,
s’alléger afin de pouvoir enfin monter l’escalier intérieur qui mène à l’extérieur.
1) Non, je ne dois rien à personne. Sauf à ce moi
essentiel qui attend patiemment la délivrance ;
2) Oui, j’ai énormément et constamment menti, car
j’ai cru pouvoir me cacher derrière mon ombre, et l’accumulation des mensonges a fini par devenir les murs de ma prison qui n’a plus de porte ; mais il suffit de renoncer à mentir, au plus
intime de moi, pour que les murs s’effondrent ;
3) Je me suis souvent trompé, et peut-être que je
me trompe encore, mais j’assume mes erreurs, car l’erreur est aussi le chemin (L’erreur est la Voie (LaoYu)).
Comment sinon monter avec toutes ces charges qu’on nous a greffé, ces implants qui ne sont pas nôtres ?
En montant, vous découvrirez avec une joie immense que d’autres vous ont précédés, vous verrez leurs traces, avec bonheur, et
que d’autres vous suivent. Et avec joie, sans crainte, vous vous arrêterez pour parler avec les uns ou les autres, et chacun aidera celui qui peine, à chacun son tour. Parfois vous serez amené à
porter le fardeau d’un de vos anciens bourreaux, et vous verrez que ce n’était qu’une victime, comme vous l’avez été, et cela vous rappellera les innombrables victimes dont vous avez été le
bourreau, dans l’illusion de la dissociation et tout cela se dissoudra enfin dans la lumière de l’aube, et dans l’Unité retrouvée.
Les premières marches sont les plus difficiles. Il faut se défaire de l’attraction terrestre. Relisez ces deux simples
mots : ATTRACTION TERRESTRE. Tout y est. C’est si simple.
Nous sommes des voyageurs. Ne nous laissons pas engluer dans la vase. Retournons chez nous.
Se défaire de cette terrible attraction, c’est surtout ôter les ficelles minuscules qui nous relient à la terre. Jamais de
grandes choses, toujours des gestes simples et minuscules. Si vous en avez l’occasion, lisez Jonathan Swift : « Les voyages de Gulliver », et vous saurez que vous êtes un géant
endormi, lié à la terre par des nains au moyen de minuscules câbles, et que la terreur de ceux qui vous ont lié est votre éveil. Ces minuscules petites ficelles : le souci, la course contre
le temps, l’angoisse du lendemain, la rancune, bref, une occupation de tous les instants. Voyez : nous sommes occupés. A quand la libération ?
Bien sûr, le combat contre les petites choses, ce n’est pas grandiose. Ca ne vaut pas un bon vieux dragon. Ca ne vous donnera
pas l’impression d’enfiler une cuirasse d’or et de brandir Excalibur. Non. Là encore, on nous a menti. On attend une grande cause pour se lever, et on reste toute sa vie accroupi. A
croupir.
La voie est dans les petites choses. La voie étroite, difficile, du simple et du quotidien. Admettre que je me suis toujours
empêché d’Être et décider de changer est largement plus héroïque que de massacrer les voisins.
Car chacune de ces petites victoires sur ma haine, mon ressentiment, ma colère, ma frustration, mon découragement, tout ce que
j’ai cru être MOI, ce fameux MOI, qui est le seul véritable dragon, chacune de ces minuscules victoires est un pas vers le haut.
Enfin…
Voilà. C’est parti. Vous avez détaché les lacets du piège. Peur, culpabilité, bons sentiments, regrets, mais enfin, mais moi,
mais pourquoi, mais comment, mais, mais, mais…vous montez.
Monter à l’intérieur de soi, c’est se relever, relever le niveau, lever les yeux. Se redresser, redevenir droit, vertical.
Montez, montez, montez. Ne fermez évidemment ni les yeux, ni les oreilles, ni votre précieux cœur, foyer de toutes les rencontres. Montez les yeux ouverts. Sachez ce qui se déroule à l’extérieur.
La tour s’écroule. Et alors ? Montez. Sans peur, sans haine, sans regret.
Le monde bascule, tout vibre ? Montez.
![galaxie-spirale-474325[1]](http://img.over-blog.com/600x398/3/64/31/33/photos/galaxie-spirale-474325-1-.jpg)
C’est l’intérieur qui règle l’extérieur.
Si vous avez monté sans relâche, sans hâte, sans crainte, la porte ouvrira toujours là où est votre place.
Ce texte a paru pour la première fois sur NoT le 31 décembre 2009. Le gisant est celui de Guy IV de Forez dans la collégiale de Montbrison qui a laissé dans les mémoires la réputation d'un
homme brave et généreux.
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