Pour les nouveaux ou récents lecteurs, que mes propos sinusoïdaux peuvent surprendre, j'ai résolu d'approfondir un peu ce qu'implique le symbole du serpent.
J'ai déjà abordé le sujet sous une autre forme, mais le propre d'une
spirale est de refaire sans cesse le même cercle, en l'agrandissant, ou en le concentrant, selon le point de vue.
Je constate - ne croyez pas qu'il y ait de ma part la moindre stratégie, c'est une notion qui m'est absolument étrangère - que bien souvent, l'un de mes textes
semble contredire le ou l'un des précédents.
Ça ne me surprend pas, ça ne me choque pas, parce que depuis que je me souviens de moi, de ma manière de penser - peser, soupeser, étymologiquement - j'ai toujours
balancé d'un bord à l'autre.
Pour une fois, je vous ferai grâce de mes intimités - rêves, signes - qui sont encore un peu rétives à se montrer, car ici on touche au très secret, pour simplement
exposer quelques évidences.
D'abord, dire qu'expliquer, dire, n'est pas se justifier. C'est encore une tendance morbide (mord bide, M. Ned Allen, ça fait mal au ventre) que de refuser
à quiconque - et à soi-même - le droit de dire ou tenter d'expliquer à voix haute ce qui fait en lui chemin, sous prétexte qu'il essayerait de se justifier, c'est à dire de se rendre juste aux
yeux d'autrui.
Expliquer, c'est sortir des plis, pour devenir simple, sans pli. Nous devons tous sortir des plis, sous peine de repasser (ho, c'est une blague). Tenter de le faire
est juste. Il faut donc éviter de le considérer comme de l'auto-justification, sous peine de rester tous prisonniers.
Ceux qui me connaissent depuis longtemps savent ma passion de l'étymologie : je m'aperçois qu'en plus de deux ans de discours alambiqués, je n'ai même pas indiqué
le sens de ce mot : science du vrai, etumos logos.
Pour en rajouter une couche, je dirai que ça coule de source. Imaginez - et c'est précisément le cas - que nous soyons à l'embouchure d'un delta, là où un fleuve
roule les eaux de milliers d'affluents accumulés, mais aussi toutes les boues et les ordures. L'eau est de l'eau, certes, mais immonde et méconnaissable.
Comment boire, si ce n'est en remontant vers la source ? Là tout est encore frais et distinct, et lave, hydrate et rajeunit.
Difficile, quand on cherche à boire à la source, de ne pas être saisi de pitié et d'horreur, quand on voit que la plupart de nos congénères lapent d'infâmes
déjections de mots sales et trompeurs, et s'en contentent. Difficile de ne pas chercher plus loin, au delà. Toujours monter, remonter, au fur et à mesure que le niveau de la crue abjecte
monte, ce déluge, difficile de ne pas chercher refuge plus haut, de ne pas se construire une arche, une barque, un radeau, au pire, en attendant l'aube.
Certains maudissent ce temps de débordement, mais, s'il ne nous noie, il nous refoule vers le haut.
Après l'âge des conflits, le Kali Yuga, ou pendant, qu'importe, car déjà tout se mélange, et avant le retour à l'âge d'Or, les anciens hindous interposaient le
pralaya, temps de déliquescence.
C'est proprement le temps de la confusion, car tout s'interpénètre. Tout est vrai, relativement, et rien n'est faux. Mais tout est dangereux. Dans la mesure ou dans
un film tout peut être vrai, faux ou dangereux. A la fin, comme l'ont dit de plus savants que moi, les acteurs se relèvent et vont boire un coup. Mais on n'en est pas là.
Précision : je ne m'écarte pas de mon fil, j'y reviens. En serpentant. Le sujet du jour, c'est le serpent, je le rappelle.
Maudit serpent. Mon temps étant compté, je vous laisse tout loisir de consulter les dictionnaires des symboles et autres encyclopédies. Comme tout symbole - et
encore plus, dirais-je - le serpent est ambivalent. Ambivalent ne signifie pas que ça veut tout dire et rien dire. Si c'est le propre de la purée d'être amorphe, le serpent est au contraire
puissamment morphisé. C'est un axe, une colonne vertébrale, d'une grande force, un fouet, une corde.
Les symboles doivent impérativement sortir des dictionnaires pour rendre leur sens. Pour saisir le sens de la pomme, être pomme. Je suis, vous êtes un serpent.
Votre colonne vertébrale est exactement un serpent. Debout. Ne l'oubliez jamais, car c'est une des principales clés de notre énigme.
Nous sommes des serpents dressés, dans un véhicule adapté à ce monde.
Si seuls les ivrognes sont censés tituber, dans une trajectoire sinusoïdale, le mode de penser normal du serpent, dont nous sommes, est la reptation.
Si nous savons encore souvent cracher notre venin comme une flèche, notre comportement habituel est nettement plus courbe. Le vôtre ? Je ne sais pas. Je ne suis pas
vous.
Le mien ? Oui. Ma pensée suit son chemin en rampant d'un extrême à l'autre. Chaque découverte d'un nouveau territoire, d'une nouvelle borne me renvoie à l'autre
bord, et ainsi de suite. Montagne, ravin, montagne, ravin.
Facile d'y voir ambiguïté, incertitude et approximation. Ce qu'il faut voir, c'est, au delà, le but.
Que le ciel m'avale et me dissolve dans l'acide si c'est mon prétendu ego qui va écrire ce qui suit : la marche du serpent, c'est la voie de la sagesse.
Facile à voir : SageSSe. Trois S en ce mot. Trois sinusoïdales qui montrent qu'en toute chose, il faut explorer les limites, de part et d'autre, non pas se
contenter du petit chemin balisé.
Trois S, parce que l'être est triple. Trois niveaux de joie. Aussi peut-être parce que le tantrisme connait trois canaux. Mais là, je cause sans savoir.
Et ce serpent, qu'est-ce ? Qu' S ? Rien que le serpent des reins, d'airain, pardon, celui que Moïse cloua dans le désert. Serpent d'airain, mêlé du cuivre vénusien (78% de cuivre, 22% d'étain)
et génésiaque, serpent des reins, de la force qui nous tient debout, nous, race humaine, détentrice du fardeau d'être condamnée à la verticalité, que d'autres appellent kundalini.
Debout, certes, essayant de ne pas tituber, de ne pas nous affaisser sous ce poids, de ne pas retomber à quatre pattes, même quand la traversée du fleuve se fait
difficile, presqu'insurmontable, tant le poids est lourd qui pèse sur nos épaules, tant notre coeur est vide, et nos tripes en lambeaux.
Nous ne pouvons pas monter comme des flèches, même si le but paraît simple et évident, parfois. Il nous faut explorer toute l'étendue de l'espace et du temps, tout
savoir, tout connaître, dans la chair et non autrement.
Voyage labyrinthique, non pas direct.
La malédiction du serpent (Genèse, III), c'est de marcher sur le ventre et manger de la poussière. En français moderne : tout ressentir, pour tout relier et
réunir. Telle est notre malédiction, telle est notre tâche, et probablement notre choix, avant naissance.
Expérimenter la séparation, et retrouver le sens ascendant. Incidemment, ça explique le symbolisme de la croix.
Fameuse croisière, on s'en souviendra.
Quand je dis blanc un jour, et noir le lendemain, lecteur, sache que tu te balades d'un bord à l'autre des limites qu'il m'est donné d'apercevoir, rien
d'autre.
En dernier lieu, je donnerai un petit bonus : Sagesse, c'est aussi, en traficotant un peu les langues, mais c'est venu tout seul, Saga (dire, anglais to say) Esse (verbe Être en
latin), le dire de l'être.
Autrement dit, la sagesse, serait le récit de l'Être, Verbe, ou Logos...
Derniers Commentaires