Âge de fer, ou des conflits. Des antagonismes.
Agôn est le lieu du rassemblement, du contact, par le jeu, la lutte, la prière, donc aussi celui des périls, des limites; il est le lieu privilégié de Mercure, dieu des frontières et de ceux qui les passent.
Nombreux sont ceux qui passent les frontières : les guerriers, les marchands, les contrebandiers, les exilés, les curieux, les distraits, les chercheurs, les affamés.
Le soldat (latin miles) renverse les frontières (limes). C'est clairement dans le texte.
Dans ce monde duel, le duel est interdit. Le dernier duel tenu en France l'a été par Gaston Defferre, provoqué, qui l'a emporté sur son adversaire. Gaston ayant eu le choix des armes avait choisi le fleuret. Depuis, hélas, la pratique du duel est proscrite. Les fripouilles bien à l'abri. On est tombé bien bas.
Si le duel est interdit, tout est fait pour exacerber notre agressivité. La guerre de tous contre tous arrive, après avoir couvé de tous temps.
La guerre est une voie naturelle de connaissance. Elle permet de connaître l'emplacement mouvant des frontières. Frontières géographiques, mais aussi frontières de soi. Où s'arrête la bravitude, pour causer ségolénien, où commence le courage ? Où s'arrête la saine défense du territoire, où commence l'acharnement ? Qu'est-ce qui différencie l'acte noble de l'immonde ? Est-il vertueux de violer les femmes et tuer les mâles pour qu'un peuple ennemi devienne un peu comme nous, par cousinage ? Ou est-ce un crime ?
Le coq est l'animal yang par excellence : bec, crête, ergots, c'est une bête de combat. Lors des combats de coqs, dont la saloperie humaine a fait un spectacle infect, l'un triomphe de l'autre. Les deux bien amochés. L'un bascule dans le camp des vaincus, et fait la connaissance du yin.
Perdre plonge dans l'obscurité du malheur, où naît (peut naître) l'étincelle de la conscience. Gagner est le gage d'avoir à redouter sans cesse de perdre, de tomber là où on a expédié ses précédents concurrents. Gagner apporte aussi de la conscience : celle que rien n'est sûr, ni stable.
Perdre fait découvrir qu'il y a une vie dans le malheur.
Les hommes qui se battent sont comme les coqs, les chiens, les loups, les chats, les moineaux, les corbeaux : tous se font la guerre. Les hommes qui s'affrontent sont des frères, un dédoublement du même qui cherche à connaître ses limites et sa nature.
L'autre, c'est toi. L'autre lui-même, comme toi, est double : Yin, et Yang. Tendre et dur. Il est toi, et ton contraire. Un autre et le même. Il n'est ni plus, ni moins. Capable du pire, comme toi, et du meilleur, comme toi. C'est une ordure, comme toi, un fumier, comme toi. Une pute, comme toi.
Les hommes qui se battent apprennent à danser avec leur ombre.
Le boucher amoureux peut-être plus tendre que la bonne soeur acariâtre.
Nous sommes fatigués de la guerre. Ou plutôt : certains d'entre nous, ou une certaine partie de chacun de nous est fatiguée par la guerre. Et la guerre continue, se répand partout et embrase tout. Londres, la Lybie, l'Asie, tout flambe.
La guerre est un couteau qui fouille nos tripes et met à nu nos coeurs et nos cervelles, jusqu' à ce que nous sachions enfin comment vivre sans elle.


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