Dimanche 1 avril 2012
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10:17
Bien des gens regrettent de ne pas vivre dans un passé idéalisé. C'était le cas de mon père, par exemple. Tout était mieux avant.
Bien que le "No future" des Sex Pistols ait largement entamé le sourire optimiste des foules, on trouve encore des béats qui misent tout
sur demain, de fervents progressistes. Demain résoudra tout.
Les souvenirs, les regrets et les attentes nous tirent hors de notre centre.
Le point de convergence de nos divers corps, de nos diverses énergies, des mondes visibles et invisibles, conscients et inconscients n'est ni dans le passé, ni dans
le futur.
Il est là. Ici et maintenant. Hic et nunc.
Nous avons été jetés, mis bas, dit l'expression française, dans ce film qu'on appelle "le monde", "la vie".
Nous avons rampé hors des bras des mamans, et à force de l'aide des deux et des taloches des papas, nous avons appris à marcher droit.
La maman et le papa sont des images respectives du passé, qui retient et apaise, et du futur qui fouette l'ambition. Tu seras un homme, mon fils. Demain. Un jour.
Plus tard.
Souvenirs du ventre, du foyer, de la grotte, magie de la chasse, mirages de l'exploration.
Ces deux rêveries sont deux refuges où nous nous réfugions tous très souvent.
C'est un peu simpliste, certes. Du passé, on a aussi les regrets d'avoir loupé des occasions, d'avoir été indigne. La peur du futur peut nous tétaniser. Mais c'est
pareil, au fond : qu'on se projette dans le passé ou dans le futur, c'est ailleurs.
Le monde qui s'offre à nous est plein de promesses de paradis et d'enfers, de rêveries. Nous pouvons y errer éternellement, y demeurer en rêvassant qu'avant,
c'était mieux, ou qu'on a été nul, ou que demain Superman reviendra nous venger des salauds, ou que la Bête va nous bouffer.
Nous pouvons aussi, à force d'échecs, de chutes, de lassitude, comprendre que la porte, l'unique retour se trouve dans l'acceptation que le seul point où se
recouvrent exactement l'existence, ce songe à la carte, et la Vie est exactement ici, à l'instant même, en ce qui nous est offert, que notre intelligence doit mettre à nu, où nous devons nous
fondre.
Les noces, c'est pas hier ni demain. C'est maintenant.
Dit comme ça, j'ignore si ça semble facile, simpliste ou incompréhensible, mais la certitude qui est la mienne, c'est que c'est "simple".
Simplex, sans pli qui recèle encore un venin, une rancoeur, une ombre.
Devenir simple est le chemin. A cet endroit sans envers, il n'y a plus de passé, douloureux ou splendide, plus de lendemains terrifiants ou prometteurs.
Il n'y a plus de temps. La mariée arrive. Elle est annoncée.
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