Mercredi 5 octobre 2011 3 05 /10 /Oct /2011 07:34

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P'tit Tom s'ennuyait beaucoup à l'école, et dans la vie aussi. Ses camarades lui semblaient bien lourds, et les adultes avaient l'air poussiéreux des vieilles momies d'Egypte.

 

Il restait souvent seul dans la cour et M. Pointu, le professeur, ne manquait pas de lui reprocher ce qu'il appelait "de la sauvagerie".

 

Sauvage, moi? Ces mots flattaient Tom, qui n'aimait que les bêtes vivantes et ondulantes, les chats, les chiens, qui connaissait les oiseaux à leur chant et les fleurs à leur parfum. A quoi bon jouer avec des idiots qui ne parlent que de bagarre, de ballon et de voitures, ou entendre les discours soporifiques de grands ânes bedonnants à cheveux gris?

 

Le jour de ses neuf ans, il était assis au bord de la rivière, sous un saule, à regarder les nœuds que forme l'eau quand elle bouillonne et tourbillonne. Quelques libellules se poursuivaient et le soleil chauffait doucement le décor.  

 

Soudain, une libellule se détacha et vint se poser sur sa main gauche. Il la regarda, et vit que sous ses grandes ailes et sa belle robe bleue elle avait un petit corps mince, et un joli visage de fée.

Elle gazouilla:

 

"- Hé non, tu ne rêves pas. Je suis bien une fée, comme mes sœurs. Je vais te faire un cadeau, parce que je t'aime. Et d'ailleurs, nous t'aimons tous, nous le petit peuple dissimulé; car toi, tu peux nous voir, tu es un sauvage. Tu ne nous ignores pas, tu ne nous méprises pas, tu es comme l'un de nous.

 

Mais tu seras triste et pauvre dans ta vie à venir, si tu n'entres pas dans le monde des hommes. Alors, voici la clef. Elle t'ouvrira le cœur des gens, et de leur monde tout gris; tu pourras y entrer. Mais garde-toi d'y rester enfermé. Elle tourne dans les deux sens. Si tu ne nous oublies pas, tu pourras toujours revenir nous voir. N'oublie pas, petit homme."

 

Et elle lui dit trois petits mots, qui ouvrent le monde des hommes, et d'autres aussi. Moi, je les sais, car j'ai connu deux ou trois fées par le passé, mais je me les garde. Je n'ai pas envie de me retrouver à coasser sous une pierre. Elle lui donna donc trois mots.

 

Ce sont trois mots qui ouvrent bien des portes, un passe-partout.

 

Et puis elle s'envola, et fut happée par une hirondelle.

 

C'est comme ça, la vie, la mort, et le reste. Mais en fait, les fées sont immortelles, on le sait bien.

 

P'tit Tom écrasa une larme, et s'en revint chez lui. Il s'endormit ce soir là en tournant ces mots dans sa tête, comme on tourne entre ses mains une perle ou un couteau à plein de lames.  

 

Le lendemain, en cours de mathématique, il s'ennuya terriblement. Il regardait par la fenêtre. Il y avait un peu de brume, et, sur les fils électriques, un passereau. Il le regarda intensément, dit les trois mots et hop!

 

Il se retrouva sur le fil, à se balancer, regardant vers sa classe.

 

Il voyait le dos du professeur qui s'agitait devant le tableau, il vit Etienne, Martin, Ludo et tous les autres, et... il se vit, assis là-bas.

 

Il huma quelques instants l'air vif, pépia, dit les trois mots et hop!

 

Retour au monde gris.

" - ...demain matin.", terminait le professeur.

"- Quoi, quoi, qu'est-ce qu'il a dit?", demanda Tom, le cœur battant de son aventure.

" - Interro, mon pote. T'es sourd?" dit Grégoire.

 

Ce soir là, Tom tenta d'entrer dans le monde clos de la mathématique. Hélas, il avait beau se concentrer, se prendre la tête à deux mains en répétant sa formule, la clef ne marchait pas.

 

Alors, comme d'habitude, il se résolut à apprendre ce qu'il ne comprenait pas.

 

Le lendemain, il rendit une copie très moyenne. Désespéré, il entra en cours de français. Ca lui plaisait bien mieux, ces lectures, les décors et les personnages d'un autre temps, parlant de choses oubliées avec des anciens mots; cette heure passa plus vite.

 

Il revint par le parc public, et s'arrêta au pied d'un gros wellingtonia.

Les hirondelles volaient bas. Soudain l'une d'elles piéta légèrement jusqu'à lui.

"Ho ho! Tu me reconnais ?" Elle rit. "L'esprit des fées est immortel. Voilà. J'ai oublié de te dire une chose, l'autre jour: mes mots ouvrent les portes, lorsqu'on les dit avec le cœur. N'oublie pas: le cœur!"

 

Elle allait pour s'envoler lorsque s'abattit sur elle la griffe d'un grand chat maraudeur, rayé de gris & de jaune.

Tom lui courut dessus, mais l'autre se sauva en tenant sa proie dans la gueule. Il disparut à l'angle d'une rue, pfuit!

 

Le soir, avant de s'endormir, il prit son cours de mathématique, puis essaya d'ouvrir son cœur. Il dit les mots, et soudain, se vit comme au bord d'un paysage immense, où tout était en rapport d'harmonie. Les tables d'addition et de soustraction formaient des escaliers majestueux montant et descendant, celles de multiplication et de division ressemblaient à des aires de lancement ou à des puits de mine, où tout était relié par de nombreuses passerelles, où s'engouffraient des myriades de nombres. Une activité frénétique animait des milliers de sous-ensembles en réorganisation permanente, comme font les nuages du ciel, qui se dévastent pour se reformer soudain ailleurs, plus bas, plus haut, autrement, visant toujours l'apothéose, l'ensemble, le définitif.

 

Mais il y a la vie, mais il y a le vent...

 

Il s'engagea gaiement dans le paysage, y découvrant des arbres-abscisses qui s'essayaient à faire valser de belles coordonnées, au long de vastes courbes, sentit le caractère décidé des nombres impairs et celui, plus nonchalant, des paires. Il eut maille à partir avec un cinq quelque peu hargneux, accompagné d'un sept dégingandé et rigolard, l'air d'un qui a fini sa semaine, puis se fit un ami d'un neuf assez rond, qui de descente en montée, le mena au centre du monde: ZERO.

 

Il eut un pincement au cœur devant l'indescriptible majesté de ce lieu immobile et silencieux, lorsque la voix de sa mère lui parvint depuis la porte de sa chambre." Debout, mon chéri, lève-toi."

 

"Tom: trois." dit M. Pointu. "Hélas, mon pauvre Tom! Il faut bien un dernier, n'est-ce pas?"

 

Mais Tom était ailleurs. Les chiffres étaient devenus ses amis, maintenant. Quant à M. Pointu...

il ouvrit grand son cœur, et dit trois petits mots.

 

Devant lui, il y avait un petit garçon tout seul, perdu dans le noir d'une grande maison, laissé là dans la peur et le chagrin.

 

Il avait le long nez et les grandes jambes de héron de M. Pointu, mais pas sa tignasse grise ni son ventre replet.

Et ce petit garçon se répétait tout bas des exhortations au courage, pour vaincre l'immense dragon de la peur, et les hyènes lacrymales.

 

Alors Tom vit que ce grand bonhomme grisâtre n'était qu'un petit enfant pas trop content de lui, ni de sa vie, et que lui, Tom, savait déjà bien des choses que l'autre ignorait, faute d'avoir rencontré une fée.

 

Alors il eut pitié de lui, et l'aima.

 

"Et maintenant, j'aimerai tout le monde pareil? demanda-t-il au chat qui se léchait les coussinets.

- Voilà, tu as compris" miaula la fée. "Aime. C'est tout. Bon. Je m'aimais mieux en libellule, moi!"

 

Avant de disparaître dans un coup de vent qui passait.

 

 

 

 

 

  PS : après cette histoire quelque peu totobiographique, permettez-moi de prendre un temps de repos...

Par Vieux Jade - Publié dans : féculents
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Commentaires

Wouah. Excellent! Merci Vieux Jade.

PS: Je vous aime!
Commentaire n°1 posté par Narf le 03/10/2011 à 07h30

Rien compris. Ce soir je publie le 1000 sujet, et donc celui-ci est programmé pour être le 1001 ème, devait sortir le 5 octobre. Or, il est déjà là, sans être là, d'ailleurs, puisqu'on ne le voit pas à l'écran (écrit le 3 à 9.24 h).

J'ai dû me mélanger les pinceaux. :)

PS : oui, c'est ça !

Réponse de Vieux Jade le 03/10/2011 à 09h25
Merci encore pour cette belle semaine qui s'ouvre sur ces trois mots d'amour
Commentaire n°2 posté par nedallen le 03/10/2011 à 08h30

Vous aussi ? Bizarre pour un sujet prévu à la publication le 5. Mais bon, c'est pas grave. Merci aussi, on ne le dit jamais assez.

Réponse de Vieux Jade le 03/10/2011 à 09h26
Et bien moi, j'ai reçu pas moins de 6 messages identiques de cette 1001e entre 22h55 et 22h56......
Imaginez un peu: découvrir au petit matin la petite histoire de V.J répétée 6 fois ..:):)
alors, je me suis souvenue de ce poème "distillé" à l'école des soeurs très catholiques en classe de 5e.
Il vient d'un breton, Téodore Botrel
En dépit ou à cause de sa grande naïveté il est resté gravé longtemps, très longtemps comme une espèce d'évidence inaccessible..

L'ÉCHO de (Théodore Botrel)

Rôdant, triste et solitaire
Dans la forêt du mystère,
J’ai crié le coeur très las :
- « La vie est triste ici-bas ! »
L’Écho m’a répondu : « Bah ! »
– « Écho, la vie est méchante ! »
Et, d’une voix bien touchante,
L’Écho m’a répondu : « Chante ! »
– « Écho, Écho des grands bois,
Lourde, trop lourde est ma croix ! »
L’Écho m’a répondu : « Crois ! »
– « La haine en moi va germer,
Dois-je rire ou blasphémer ? »
Et l’Écho m’a dit : « Aimer ! »
Comme l’Écho des grands bois
M’a conseillé de le faire :
J’aime, je chante et je crois !
Et je suis heureux sur terre !!!

Vous ne trouvez pas ça extraordinaire vous ?

P.S/ un petit bijou votre histoire, merci :):)
Commentaire n°3 posté par Antidote le 03/10/2011 à 14h27

Bravo Overblog ! Hip hip hip...

Trop mignon le poème de Théodore Botrel, merci.

Réponse de Vieux Jade le 03/10/2011 à 14h38
Je ne sais pas ce que ORANGE à fait ce dimanche soir mais j'ai reçu toutes mes newsletter et messages en 13 exemplaires chacun !!!!!
Il semble que je ne sois pas le seul !
Commentaire n°4 posté par nedallen le 03/10/2011 à 14h44

Tout pète ?

Réponse de Vieux Jade le 03/10/2011 à 18h40
merci beaucoup VJ, reposez vous bien
Commentaire n°5 posté par lutin le 05/10/2011 à 08h15

Merci. En fait j'ai plein de boulot, plein. Alors le temps qui reste : méditation corse.

Réponse de Vieux Jade le 05/10/2011 à 10h14
Oui, profusion d'exemplaires de messages dans mon courrier également: mais ça m'a fait sourire (oui, insolite quand même ce déchaînement soudain)
Vraiment bravo pour ce texte si...inqualifiable. Bon il me vient quand même les mots : émouvant, drôle, et dynamique (oui, énergétique: meilleur que mon café ce matin)
Bises à tous
Commentaire n°6 posté par Anne le 05/10/2011 à 08h43

C'est Nibiru ? Elenin ? Tout le système devient dingue ? Retour aux cavernes ? Ascension ? Qui sait ?

En tous les cas, c'était inattendu. :)

Réponse de Vieux Jade le 05/10/2011 à 10h16
Moi aussi Jade, j'vous Aime!
Commentaire n°7 posté par danielleg le 05/10/2011 à 10h29

Merci, mais des trois petits mots, y'en a d'autres : TU ES BEAU (BELLE). TOUT EST BIEN. LAISSE MOI ENTRER. ETC etc etc...

Réponse de Vieux Jade le 05/10/2011 à 10h40
Et tous les autres aussi j'les Aime!
Commentaire n°8 posté par danielleg le 05/10/2011 à 10h31
AIMER.... c'est sans conditions ! Sinon il y a des peurs ! ! !

rencontrer une fée ? Il suffit de regarder sa vie pour en trouver, qui sont restées ou déjà reparties en laissant des mots de pouvoirs.
Mais aujourd'hui qu'en avons nous fait ?
Commentaire n°9 posté par nedallen le 05/10/2011 à 13h21

Oui, condition = restriction = peur.

Mais pas d'accord avec le pluriel : qu'en AVONS NOUS fait  ? Car tous sont différents, certains font beaucoup, d'autres rien, peu, etc. Selon sa mesure...

Réponse de Vieux Jade le 05/10/2011 à 19h20
Peut etre que si vous n'écriviez plus aussi bien, je ne vous aimerais plus!
C'Est la condition!:)
Commentaire n°10 posté par danielleg le 05/10/2011 à 13h28

jécriré thoujour billien, praumit.

Réponse de Vieux Jade le 05/10/2011 à 19h21
Quelle belle histoire. J'adore les contes, les fées, tous les clins d'oeil qui nous rappellent que la vie peut être magie.
Tiens, je poste un lien d'une femme - J. Bousquet - qui parle de cette magie, de l'amour.

http://www.arsitra.org/yacs/articles/view.php/1679/conference-de-jacqueline-bousquet-marcenais-17-septembre-2011-quel-choix-pour-quelle-realite

Cassandre
Commentaire n°11 posté par Cassandre le 05/10/2011 à 20h24

J'aime aussi beaucoup les contes, mais c'est - pour moi - très difficile à écrire. L'impression de faire de la dentelle avec des gants de boxe. Merci pour le lien.

Réponse de Vieux Jade le 06/10/2011 à 07h21
Elle est belle cette dentelle, avec des gants de boxe !
o)))
Commentaire n°12 posté par Miche le 07/10/2011 à 06h57

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Nul ne l’a sue

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De régime

Cuit et recuit 

Frottent les cendres

Récurent

 

Pas encore nu,

Pas tout à fait ?

Restent des choses

Bien accrochées

Des salissures

De vieux fantômes

D’anciennes guerres

 

Qui peut le faire, si ce n'est toi ? 

 

Nettoie

 

Les notes glissent

Comme des larmes

Gouttes de feu

Sur la paroi

 

Qui m’a volé le cœur ?

Qui m’a trempé vivant,

Comme une lame ?

Qui m’a fouetté les yeux,

M’a déchiré le ventre

Me baisant les paupières

Et m’enduisant de baume,

Me prenant par la main,

Pour me conduire

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Quand à un livre je me livre , ce que je lis me délie.

 

 

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Le lucane aime prendre l'R le soir à sa lucarne.

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nous en sommes les crabes


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Peut-on dire de quelqu’un
dont la vie dépend des autres pour tout qu’il
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La bouche est elle riche ?

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Au matin, la nuit tombe de sommeil.

 
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