Jeudi 29 juillet 2010 4 29 /07 /Juil /2010 09:12

Bonjour,

 

 

C’est moi, tu me reconnais ?

 

On s’est déjà croisés, mais je crois qu’on ne s’était pas vraiment reconnus. Un air, comme ça, une ressemblance, un instant, les yeux plongent dans les yeux, mais le souvenir ne vient pas. C’est qui ? L’ai-je déjà rencontré ? Et puis les secondes défilent, et chacune apporte son lot de cendres, qu’on jette sur ce qui pourrait nous écarter de nos chemins du moment, puis les torrents de pluie éteignent les braises du souvenir.

 

Plus tard, on se dit : c’était qui ? Mais déjà l’éclat des yeux s’efface, le pli du coin de la bouche disparaît dans la brume, et le portrait robot n’est plus qu’un fantôme que la nuit avale. Adieu.

 

Certains se souviennent mieux que d’autres : dessine moi un mouton, je t’en prie, avant de t’abîmer dans la mer, laissant orphelins des milliers de roses, de renards, et d’allumeurs de réverbères.

 

Pendant ce temps, depuis l’astéroïde 3251, l’astronome observe non pas le ciel, mais des photos du ciel, et il s’étonne que rien ne bouge. Suis-je mort ? pense-t-il.

 

Mais nous, nous ne sommes pas morts. Tu l’as peut-être cru, ou peut-être que c’est moi qui croyais que tu étais mort, pendant que je reposais, la poitrine fourrée de paille, au fond de mon tombeau.

 

Je vais essayer de te dire ce qui s’est passé. Tu as disparu vers l’âge de 13 ou 14 ans. Personne n’y a prêté attention, car on t’a remplacé par un simulacre. Tu l’ignores sans doute, mais depuis les découvertes de Philip K. Dick, qui a ouvert un nouvel âge dans la connaissance de l’archéologie de la falsification, nous sommes de plus en plus nombreux à prendre conscience que les humains n’en sont pas vraiment, plus vraiment, et que la plupart d’entre eux ne sont que des robots très perfectionnés, de merveilleuses machines, mais dont l’âme est absente. Ils sont par contre équipés d’un réseau neuronal et d’une banque mémorielle qui leur permet de faire face à la plupart des situations courantes de l’existence. Leur seule faille est leur incapacité à affronter le vide. Ils ne peuvent vivre sans de constantes sollicitations sensorielles, émotionnelles ou intellectuelles. Et pour des raisons encore obscures, la réalité apparente a commencé à s’effilocher, laissant voir de grands pans de vide. Des millions de robots se hâtent de colmater les brèches, de les repeindre de couleurs vives, mais de nouvelles fissures apparaissent un peu partout. Et lorsqu’un simulacre prend conscience de cette soudaine et continuelle dégradation du réel, cela lui fait ressentir, peut-être par un effet de miroir, les nombreuses fissures et brèches ouvertes en lui, sur le vide. Et ne pouvant supporter le vide, il sombre alors dans la folie, le désespoir, l’autodestruction.

 

Si je puis te parler de cela, c’est parce que ton simulacre, c’est moi.

 

Lorsque tu as disparu, je me suis glissé sur la scène. Personne ne l’a remarqué. Tes parents n’ont pas compris pourquoi tu avais tant changé. Ils ont consulté des psychologues, qui leur ont fourni l’explication la plus facile à avaler : votre fils est maintenant un adolescent, il est normal qu’il s’éloigne de vous, et qu’il change : il faut le laisser devenir adulte. C’est la raison pour laquelle on nous substitue le plus souvent à ce moment-là. Tellement simple !

 

 

gravelines 2010 413 

Tellement simple !

 

  

Pour une raison que j'ignore, le transfert ne s'est pas fait correctement. Mon programme n'a pas complètement effacé tes données ; c'est pour cette raison que nous avons failli sombrer pendant presque quinze ans, toi et moi.  

  

Un soir, tu as crié tellement fort que quelqu'un est venu nous réparer, nous accorder. Mais cela, tu t'en souviens. Aujourd'hui, nous sommes le même. C'est une grande chance. Mais il semble que beaucoup de transferts se soient mal passés. Beaucoup de problèmes, de gens qui se souviennent.

 

Nous, ça nous pose problème également. Rien ne fonctionne comme il le devrait. On fait ce qu’on peut pour le dissimuler, parce que si les réparateurs viennent de chez nous, le plus souvent, ils effacent tout. Ce qui reste de vous, et nous avec. C’est très dangereux.

 

Mais parfois, si ce qui reste de vous est assez fort, encore, quelqu’un vient de chez vous. C’est le mieux qui puisse nous arriver, à vous, comme à nous. Parce qu’ils parviennent à lier nos programmes en un seul programme ascendant.

 

C’est de toi qu’est venu l’appel, heureusement. Maintenant, je suis toi, moi aussi. Et j’irai là où ta destinée te mène. Nous mène. 

 

 

 

  

 

Par Vieux Jade - Publié dans : fleurs des champs
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Commentaires

Bonjour,



Je me réveille

J’ouvre les yeux

Et je décolle les paupières

Précautionneusement

Lève le voile

Puis me rendors

Et je recommence à rêver

Nous sommes tous frères

Je me réveille

Et de mes lèvres viennent des mots

Comme des bulles qui éclatent

A peine écloses

Et balbutient

Je suis

Tu es

Il est

Nous sommes

Tous frères



Gros bisous,Léa.
Commentaire n°1 posté par LLéa le 29/07/2010 à 15h42

Amen

Réponse de Vieux Jade le 29/07/2010 à 15h58
Hey, à vous lire là, à lire ça j'ai l'impression d'entendre un programme informatique, un logiciel, un ordinateur...qui buggue... ben oui, nous aussi, pauvres terriens, bien limités par notre matérialité qui aspire à autre chose, nous buggons parfois. Aie, ça fait mal, c'est douloureux et inconfortable. Que faire? Accepter de ressembler à un ordinateur, bien limité...encaisser en attendant que ça passe, on en a vu d'autres et puis a-t-on le choix? Se reposer dans ses derniers retranchements? Essayer, malgré tout, de sauver l'âme: nous sommes bien tous frères, c'est vrai, pour le meilleur et pour le pire.
Mozilla a du mal avec Deezer, ça bloque sans arrêt. Ben oui, c'est ça ma vie, aussi.
Dans ce mêli-mêlo inquiétant, qui aspire comme du vide, vous réussissez à maintenir le lien...chapeau!
Chercher, lire, prier, apprendre, apprendre, encore et encore...accepter les vagues qui viennent et rempartent, d'être juste un fétu de paille balloté, malgré l'envie, le désir, les efforts... amen, oui.
Commentaire n°2 posté par Narf le 29/07/2010 à 16h55

Les robots existent depuis la plus haute antiquité; dans l'Odyssée, Homère mentionne des statues d'or d'Héphaïstos qui font des tâches, le pape Gerbert dAurillac possédait une tête qui répondait à ses questions, ce que mentionne ailleurs Cervantes. Idem le miroir magique qui permet de voir au loin. Notre horizon est comme une moisissure sur l'écorce du passé. Ce qui fut sera, et à mon humble avis, a toujours existé sans que nous le sachions. 

Lisez le magnifique : "Demain les chiens", livre SF de Clifford Simak, pour les rapports entre animaux, humains et robots. Et Dick, bien sûr.

Réponse de Vieux Jade le 29/07/2010 à 18h21
heu..."repartent" et non "rempartent"... à moins que ces vagues-là qui nous secouent et qui nous ballotent, soient aussi ce qui nous donne forme, nous formalise...

Et, à y être, je vais rajouter: oeuvrer, oeuvrer, oeuvrer, cent fois remettre l'ouvrage...

Bonne soirée à vous Vieux Jade!
Commentaire n°3 posté par Narf le 29/07/2010 à 16h59
J'ai toujours pas compris pourquoi il fallait bricoler ce qui fonctionne .Style faire des vidanges sur une caisse ..La mienne depasse les 350 000 et a du subir peut etre 4 vidanges et été lavée que par l'eau du ciel ,Alors quand a vouloir modifié ce qui est ,,,,On a bien essayé de me reprogrammer,c'est pas mal,ils abandonnent,parait que il y a trop de travail et que je suis irremediablement out of reality,peut etre trop humain, trop borné?
Il y a peu j'ai par contre recu la visite de moi et depuis ça degage,
Merci VJ pour ce texte arrivé le jour ou je l'ai vecu
Commentaire n°4 posté par La bulle le 30/07/2010 à 19h28

Haha, la mienne aussi a 350 000, mais qd même, je l'ai un peu plus vidangée, elle dort au chaud et je lui dis que je l'aime. Quand même, bientôt douze ans qu'on vit ensemble, on a développé une tendresse réciproque.  

Réponse de Vieux Jade le 01/08/2010 à 09h33
T'inquietes pas je l'aime aussi ma titine,pas pressé qu'elle finisse sa vie,C'est juste que tous les 2 on se marre quand on voit le formatage de certains croyant plus les autres qu'eux même .
Commentaire n°5 posté par La bulle le 01/08/2010 à 10h50

La voiture comme image de soi, cruel.

Réponse de Vieux Jade le 02/08/2010 à 07h43
J’ai horrifié un mecano, qui nous vantait les vidanges, en lui disant que je suis allé à 235 000, en fluidifiant l’huile de temps en temps, et en lui parlant d’un cas identique à La bulle. Il nous regardait bizarrement après, j’avais cassé son effet.
Dans ma jeunesse, la première voiture de mes parents (AMI 6) avait un nom et on lui parlait aussi. Elle a duré une vingtaine d’année, a visité un bonne partie du pays et il nous arrive d’en parler avec nostalgie ainsi que de cette époque (mi 60- fin 70).
Avec les voitures actuelles, c’est plus risqué, et elles durent moins longtemps, l’électronique c’est pas top.

Bon anniversaire VJ et continuez à nous enchanter.

JY
Commentaire n°6 posté par JY le 01/08/2010 à 13h02

C'est comme la 2CV des voitures qu'on réparait avec des bouts de ferraille et du fil de fer. Génial.

Réponse de Vieux Jade le 02/08/2010 à 07h44

Orients

Présentation

Lisez-moi Lisez moi Lisez moi

Lave

Après l’explosion

Nul ne l’a sue

Le jour d’après

Coule la lave

Brûlent les cendres

Lave la lave

Mange la louve

Larmes sans sel

De régime

Cuit et recuit 

Frottent les cendres

Récurent

 

Pas encore nu,

Pas tout à fait ?

Restent des choses

Bien accrochées

Des salissures

De vieux fantômes

D’anciennes guerres

 

Qui peut le faire, si ce n'est toi ? 

 

Nettoie

 

Les notes glissent

Comme des larmes

Gouttes de feu

Sur la paroi

 

Qui m’a volé le cœur ?

Qui m’a trempé vivant,

Comme une lame ?

Qui m’a fouetté les yeux,

M’a déchiré le ventre

Me baisant les paupières

Et m’enduisant de baume,

Me prenant par la main,

Pour me conduire

Dehors ?

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